Avant la clotûre de la saison, ciné-parlant présente un film de Asghar Farhadi « Le Passé » Séléction Officielle Festival de Cannes 2013 au cinéma Le Star, Avranches lundi 17 juin,20h30

Ciné-Parlant projette le film de ASGHAR FARHADI « Le Passé »  PRIX d’INTERPRETATION FEMININE: BERENICE BEJO

Le passé (affiche finale) 03A  copie

Après un Oscar (meilleur film étranger), un César et, surtout, un succès public retentissant pour Une séparation, Asghar Farhadi entre logiquement dans la « cour des grands » avec son nouveau film, une production française, dont son casting (Bérénice Bejo et Tahar Rahim) qui conserve toutefois une touche iranienne avec le personnage d’Ahmad interprété par Ali Mosaffa. Ce sont évidemment, au moins pour une grande part, les circonstances qui l’amènent à « s’exporter », on sait combien la situation est tendue en Iran, et on se souvient que le tournage d’Une séparation fut interrompu par les autorités. À double titre, Le Passé arrive donc après « une séparation » ; quatre ans après la sienne, Ahmad revient en France à la demande de son épouse pour officialiser le divorce. Elle est en phase de se remarier avec Samir. À partir de cette situation, fidèlement à ses films précédents, Asghar Farhadi tisse un inextricable champ de tension. Dans cette maison de banlieue, Marie vit avec ses deux enfants, dont une adolescente avec laquelle il y a sérieusement de la friture sur la ligne. S’ajoute le fils particulièrement turbulent de Samir – on comprendra vite en quoi il peut effectivement se trouver en souffrance. Sur le mode de l’intrus qui ne l’est pas vraiment, la cohabitation des deux mâles – l’ex et le futur – donne évidemment lieu à un certain malaise ; au milieu de gué, la position de Marie n’est évidemment pas des plus confortables. Mais ce n’est pas le seul ; les mensonges et secrets flottent dans l’air, le spectateur est convié à composer et recomposer une réalité pleine de faux-semblants où le principe de vérité se trouve dilué.

La bande annonce

http://www.premiere.fr/Bandes-annonces/Video/Le-Passe-VF

CRITIQUES

Télérama

Avec Asghar Farhadi, rien ne change vraiment. Son film précédent s’intitulait Une séparation. Celui-ci commence par un divorce. Il l’a tourné en France, mais, soudain, sous sa caméra, une banlieue près de Paris prend des airs de faubourg de Téhéran : même les trains qui circulent près du pavillon de ses personnages ressemblent aux convois poussifs des Enfants de Belle Ville. Et Bérénice Bejo, transformée, transfigurée, comme éclairée de l’intérieur, ressemble à une Iranienne en exil. C’est que, comme tous les grands, Asghar Farhadi emporte son univers avec lui. Peu lui importent les lieux, les langues, les villes, puisque ce sont les êtres humains qu’il cerne, toujours les mêmes, sous les masques et les défroques dont ils se parent.

Venu du pays, Ahmad (Ali Mosaffa) débarque à Sevran pour divorcer de la femme avec laquelle il a vécu, en Fran­ce, des années auparavant : elle veut refaire sa vie avec un homme qu’elle croit, qu’elle sait être le bon, cette fois. Même s’il est toujours marié à une autre, plongée dans le coma à la suite d’une tentative de suicide.

Un revenant et une éternelle absente. Un confident et un fantôme. C’est entre ces deux témoins opposés, étrangers l’un à l’autre, que le drame se noue, se joue. La femme dans le coma se contente de peser, de loin, sur des vies que son geste a dévastées. Lui, au contraire, écoute les confessions des désemparés qu’il croise. Comme le héros de la célèbre pièce de Luigi Pirandello, Chacun sa vérité, il recueille des avis, des récits aussi confus qu’embrouillés et tente d’y voir clair. A son corps défendant, semble-t-il. Mais on s’aperçoit assez vite que ces confidences, il les provoque, il les encourage. Peut-être jouit-il en secret de ces aveux, ces parcelles de vie dont il s’empare au nom du bien, de la vérité, de la transparence pour les transmettre pas toujours au bon moment, à qui il ne faudrait pas… Ahmad est-il un juste, comme il le croit ? Ou, comme le lui hurle son épouse lors de leur affrontement, un hypocrite autosatisfait, se plaisant, au nom de principes qu’il ne s’applique pas, à humilier tous ceux qu’il imagine indignes de sa morale et de sa philosophie ? Le cinéaste ne tranche jamais, évidemment, mais suggère des failles, y compris chez ceux qui se croient sans faiblesse.

On est dans le cinéma du doute, de l’« inquiétude morale », chère à un réalisateur qu’Asghar Farhadi admire : Krzysztof Kieslowski (Le Décalogue, Trois Couleurs : Bleu, Blanc, Rouge). Dans A propos d’Elly, déjà, un groupe d’étudiants iraniens, plutôt bourgeois, plutôt aisés, était confronté à un dilemme moral — la disparition d’une femme — qui les mettait face à leurs responsabilités. Et dans Une séparation, un simple geste — le héros avait-il provoqué la fausse couche d’une aide ménagère en la bousculant ? — finissait par détruire une famille, reflet d’une société en déliquescence. Ici, les personnages restent constamment à la merci de faits qu’ils ont ou croient avoir commis, d’actes qu’ils revendiquent ou qu’ils nient. Le drame vient de leur méconnaissance : la vérité, ils ne la con­naissent que par bribes, et elle reste fluctuante, contradictoire quand ils croient se l’être appropriée.

D’où, lors des explications sur le suicide de la femme-fantôme, une série de coups de théâtre que le cinéaste affectionne, mais dont la répétition, un brin artificielle, finit par agacer (c’est la facilité d’un scénario par ailleurs admirablement agencé). D’où, aussi, des bouffées d’hystérie qui ne font que trahir l’incapacité des personnages à trouver autour d’eux, et en eux, la force et la paix… Régulièrement, entre deux accès de fureur, Asghar Far­hadi filme des silences. Des pauses où tout semble en suspens mais où le suspense règne. Il y a la scène des cadeaux, où deux gamins deviennent les jouets de tensions adultes qui les dépassent. Celle du pardon entre la mère et sa fille : deux silhouettes allongées dans un même lit, visages presque jumeaux droit sortis d’une icône. Et celle où, sur le quai du métro, le petit garçon aux yeux tristes et sombres pose à son père (Tahar Rahim) les questions les plus belles et les plus dangereuses, puisque sans réponse…

Depuis Une séparation, Asghar Far­hadi atteint l’osmose rare : être constamment sur la crête des sentiments, sans jamais verser dans la fadeur, ni la lourdeur. Il filme désormais, avec la même pureté, le mal et l’innocence, au plus près du minuscule et de l’essentiel.

Les Unrockubtibles

http://www.lesinrocks.com/cinema/films-a-l-affiche/le-passe/

L’Express

Le Passé: « Il n’y a rien à enlever »

Le succès et cette incursion française ne lui sont pas plus montés à la tête qu’ils n’ont altéré son inspiration et son imparable mode opératoire.

Il y a quatre ans, Ahmad et Marie se sont séparés. Lui est reparti dans son pays natal, l’Iran. Elle est restée à Sevran dans son pavillon de banlieue, avec ses deux enfants d’un premier lit. Marie a un nouvel amoureux, lui-même papa d’un garçon dont la mère est dans le coma à la suite d’une tentative de suicide. Pour régler les formalités du divorce qui n’a jamais été prononcé, Ahmad revient à Paris. Voilà la base, imaginée par Asghar Farhadi, cinéaste satellisé depuis le triomphe d’Une séparation.

Le succès et cette incursion française ne lui sont pas plus montés à la tête qu’ils n’ont altéré son inspiration et son imparable mode opératoire. Comme toujours avec Farhadi, le scénario fonctionne par couches que le récit épluche doucement. Chaque séquence possède son lot de révélations sur une situation qui ne cesse d’évoluer. Comme un labyrinthe psychologique dans lequel Farhadi ne perd pas le public.

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Ciné-parlant présente le lundi 13 mai à 20h30 cinéma Le Star Avranches « Des abeilles et des hommes » un documentaire réalisé par Markus Imhoof.

Des abeilles 04a copieSynopsis et détails

Entre 50 et 90% des abeilles ont disparu depuis quinze ans. Cette épidémie, d’une violence et d’une ampleur phénoménale, est en train de se propager de ruche en ruche sur toute la planète. Partout, le même scénario : par milliards, les abeilles quittent leurs ruches pour ne plus y revenir. Aucun cadavre à proximité. Aucun prédateur visible.
Arrivée sur Terre 60 millions d’années avant l’homme, l’Apis mellifera (l’abeille à miel) est aussi indispensable à notre économie qu’à notre survie.
Aujourd’hui, nous avons tous de quoi être préoccupés : 80 % des espèces végétales ont besoin des abeilles pour être fécondées. Sans elles, pas de pollinisation, donc pratiquement plus de fruits, ni légumes.
Il y a soixante ans, Einstein avait déjà insisté sur la relation de dépendance qui lie les butineuses à l’homme : « Si l’abeille disparaissait du globe, l’homme n’aurait plus que quatre années à vivre. »

Casting

Des Abeilles et des Hommes s’appuie sur les témoignages d’apiculteurs du monde entier, de l’Arizona à la Chine, et également de scientifiques.

L’Ecologie au cinéma

Des Abeilles et des Hommes alerte le public sur la situation dangereuse dans laquelle se trouvent les abeilles et par conséquent l’écosystème. L’écologie étant de plus en plus un débat de société, de nombreux documentaires sont ainsi réalisés dans cette optique. En 2012, Jean-Paul Jaud proposait Tous Cobayes ?, sur des essais cliniques étudiant les conséquences de la consommation d’OGM et en 2010, Agnès Fouilleux dressait le portrait de l’agriculture française dans Small Is Beautiful.

Le Monde Par Jacques Mandelbaum

(…) Un documentaire profondément humaniste, qui remplit honnêtement et intelligemment son offre pédagogique (…).

Le Nouvel Observateur Par Marie-Elisabeth Rouchy

Un formidable plaidoyer pour ces bienfaitrices de l’humanité que la folie des hommes est en train de détruire peu à peu.

Les Fiches du Cinéma Par Isabelle Boudet

Tel un « Mondovino » du miel, ce documentaire touchant analyse avec brio un phénomène complexe.

L’Humanité Par Vincent Ostria

Markus Imhoof donne un bon aperçu du travail apicole dans le monde. Nonobstant certains effets destinés à faire cinéma, le film apprend une foule de choses.

Libération Par Laure Noualhat

A mille lieux du documentaire d’investigation, le film permet, grâce à une narration intimiste mais pas trop, (…) naïve mais pas idiote, de mieux comprendre quelle relation particulière l’homme a tissé avec l’un des plus spectaculaires insectes sociaux.

Positif Par Pascal Binétruy

Cette enquête au long cours, qui vaut d’abord par la diversité des portraits d’apiculteurs, a le mérite d’associer l’homme aussi bien au milieu naturel dans lequel il évolue qu’à son environnement culturel.

Film annonce ici

Débat « Des abeilles et des hommes »

Le point presse

 la grande souffrance

les apiculteurs 01a

Ciné-parlant diffuse le 16 avril à 20h30,«Queen of Montreuil» réalisé par Solveig Anspach. Une tragi-comédie décalée.Suivi d’ un débat sur le deuil, avec Gérard Lecorre de l’association Aime La Vie, Aide La Vie

Synopsis                                                                                                                                                  Queen of Montreuuil A copie


C’est le début de l’été et Agathe est de retour en France, chez elle à Montreuil. Elle doit se remettre à son travail de réalisatrice mais aussi faire le deuil de son mari brutalement décédé. Elle y parviendrait peut-être plus facilement si elle cessait de se trimballer avec l’urne funéraire et savait quoi faire des cendres ! L’arrivée inopinée à son domicile d’un couple d’islandais, d’une otarie et d’un voisin toujours désiré mais jamais complètement conquis vont lui donner les pouvoirs de reconquérir sa vie…

C’est une épatante comédie française, sans doute d’autant plus épatante qu’elle n’est pas vraiment française ! Solveig Anspach, née en Islande, en a gardé la foldinguerie et l’allègre désinvolture qu’on trouve chez ces étonnants scandinaves connus pour leur créativité et leur liberté. Une contrée sacrément sympathique, l’Islande ! Pensez donc : non seulement elle a permis à Björk de s’épanouir mais c’est le seul pays qui a su dire à ses banquiers surendettés d’aller se faire voir, contrairement à nous, bons esclaves consentants de la finance mondiale. Pourtant Solveig Anspach avait commencé sa carrière au cinéma par un drame superbe, Haut les cœurs !, récit du combat d’une femme (le plus beau rôle de Karin Viard) contre son cancer. Mais elle est rapidement revenue à ses penchants islandais et cocasses avec Back soon, portrait désopilant d’Anna, une dealeuse de drogue douce sans peur et sans reproche, adulée de tous dans l’ile très friande de cannabis. Une dealeuse incarnée par une figure locale, Dida Jonsdottir, incroyable personnage, leader d’un groupe punk, poète féministe et érotique et par ailleurs éboueuse pour gagner sa croûte.

La très bonne idée de Solveig Anspach pour sa nouvelle comédie, c’est d’avoir fait débouler l’Islande et Anna à Montreuil. Dans le bien nommé Queen of Montreuil, la dealeuse viking débarque avec son fils moustachu et finit par squatter chez Agathe (Florence Loiret-Caille, parfaite), une jeune veuve désespérée qui revient en France avec l’urne renfermant les cendres de son mari mort accidentellement. Rapidement la confrontation entre les deux mondes prend une tournure ubu- autant que burl- esque quand le fils d’Anna, apitoyé par le destin d’une otarie abandonnée au zoo de Vincennes, la rapatrie dans la baignoire d’Agathe, tout ça pendant qu’Anna trouve un improbable emploi de grutière qui lui permet de savourer ses spliffs (la différence entre un spliff et un joint est la même qu’entre un bédo et un pétard, un cône et un buzz, un joko et un tarpé, un gros oinj et un poteau… Grosso modo) à 30 mètres de hauteur tout en admirant la diversité de Montreuil.

Au-delà de l’hilarante loufoquerie du récit, Queen of Montreuil est un hommage vibrant à la ville d’adoption de la réalisatrice, à son incroyable cosmopolitisme, une ville où se côtoient en bonne intelligence familles africaines et bobos artistes. Et le film est l’occasion d’une jolie galerie de personnages aussi drôles que crédibles, comme l’homme à la grue incarné par Samir Guesmi, Caruso, le voisin dont le sex-appeal attire fortement Agathe, ou ce pote artiste à guitare sèche qui a toujours cinq euros à emprunter à un ami. Face au deuil d’Agathe, dans un milieu parisien où le chacun pour soi est souvent de mise, Queen of Montreuil est aussi une formidable ode à la fraternité, une fraternité instinctive, sans calcul, qui exhale un humanisme profond et revigorant.

Les inrockubtibles

Avec Queen of Montreuil, Sólveig Anspach tente d’importer l’humour ganja-givré de son île natale dans sa ville d’adoption.

L’argument passe par Agathe, sorte de double de l’auteur, cinéaste en panne d’inspiration et surtout en deuil de son mec, qui revient en son bercail montreuillois après un long séjour à l’étranger. Profitant de sa phase de déphasage, un couple d’Islandais (dont Didda Jonsdottir, la mamy fumette pétaradante de Back Soon) rencontré à Roissy squatte son petit pavillon banlieusard.

Queen of Montreuil est une tragicomédie qui joue sur toute une gamme de décalages : psychologiques, culturels, linguistiques, amoureux… Aucun des personnages ne fonctionne sur le même karma, d’où quiproquos, incompréhensions, petits gags doux-amers.

Loin de vouloir rétablir un certain ordre des choses, Anspach considère cette asynchronie comme un réenchantement poétique du quotidien, une façon pas idiote de faire son deuil et de mettre à distance les drames de l’existence.

Interviews de la réalisatrice ici

Bande annonce ici

 La presse locale

presse deuil

 

Ciné-parlant diffuse le 25 mars à 20h30, un clin d’œil à F.W.Murneau. « Tabou » de Miguel GOMES, un des meilleurs films de l’année.Présenté et commenté par Emmanuel Cerbonney,étudiant en cinéma

La révélation de l’année s’est fait attendre, la voici enfin. Qui se présente sous la forme d’un Tabou a copie afilm en noir et blanc, non pas muet mais le plus souvent sans dialogues, qui intrigue tout d’abord, lorsqu’il s’attache brièvement aux pas d’un explorateur portugais dans une jungle d’Afrique, puis quand il décrit la vie d’une retraitée à Lisbonne, ses relations notamment avec une énigmatique voisine. C’est alors comme si le film lui-même se faisait attendre, auquel une phrase dérivée de la première ligne d’« Out of Africa » donne son élan avant de le porter vers des sommets rarement atteints. En noir et blanc toujours, au Mozambique, au pied d’un imaginaire mont Tabou, clin d’oeil au grand F. W Murnau, l’histoire d’un amour contrarié, il y a un demi-siècle de cela, entre la mystérieuse voisine de la retraitée et un bel Italien aimé d’elle alors qu’elle était enceinte de son mari, et qui aujourd’hui raconte tout, en voix off maintenant que la vieille dame n’est plus. C’est alors que le film expose sa raison d’être, et que l’explorateur du début, les personnages d’ensuite, les dames âgées, les quelques comparses, trouvent une place qu’ils avaient prise déjà, sans que le spectateur le comprenne, qui jusqu’alors se demandait seulement de quoi il pouvait bien retourner. En recréant, comme par jeu, le cinéma d’avant-hier et celui d’hier, en associant les styles et les formats, pastichant amoureusement les films du temps du muet pour recréer le temps d’avant les personnages, celui où ils puisent leurs racines, qui est aussi celui d’avant le cinéma, « Tabou » dessine la carte intime des êtres, montre d’un même élan ce qu’ils sont et pourquoi ils le sont, ambition qui serait risible si elle était affichée, sottement prétentieuse si elle n’était activée avec modestie, tendresse, humour, distance. Voilà, « Tabou » est un de ces films, ils sont rares, sur lesquels on préférerait n’avoir pas à mettre des mots, car ce que les mots peuvent dire n’est pas cinéma, quand tout chez Miguel Gomes n’est que cinéma, et donc forcément, naturellement, plus encore que cela, infiniment.