Les prix du Festival de Cannes 2015

Vous avez passé votre mois de mai au jardin ou sur une île déserte et vous ne connaissez toujours pas les prix du festival de Cannes 2015 ?

Cinéparlant ne vous laisse pas tomber et vous fait le résumé :

CANNES 2015

Palme d’or

DHEEPAN Réalisé par Jacques AUDIARD

Fuyant la guerre civile au Sri Lanka, un ancien soldat, une jeune femme et une petite fille se font passer pour une famille. Réfugiés en France dans une cité sensible, se connaissant à peine, ils tentent de se construire un foyer.

Grand Prix

SAUL FIA (LE FILS DE SAUL) Réalisé par László NEMES

Octobre 1944, Auschwitz-Birkenau. Saul Ausländer est membre du Sonderkommando, ce groupe de prisonniers juifs isolé du reste du camp et forcé d’assister les nazis dans leur plan d’extermination. Il travaille dans l’un des crématoriums quand il découvre le cadavre d’un garçon dans les traits duquel il reconnaît son fils. Alors que le Sonderkommando prépare une révolte, il décide d’accomplir l’impossible : sauver le corps de l’enfant des flammes et lui offrir une véritable sépulture.

Prix de la mise en scène

HOU Hsiao-Hsien pour NIE YINNIANG (THE ASSASSIN)
Chine, IX siècle. Nie Yinniang revient dans sa famille après des années d’exil. Eduquée par une nonne qui l’a initiée aux arts martiaux, elle est devenue une Lire la suite

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Avant la clotûre de la saison, ciné-parlant présente un film de Asghar Farhadi « Le Passé » Séléction Officielle Festival de Cannes 2013 au cinéma Le Star, Avranches lundi 17 juin,20h30

Ciné-Parlant projette le film de ASGHAR FARHADI « Le Passé »  PRIX d’INTERPRETATION FEMININE: BERENICE BEJO

Le passé (affiche finale) 03A  copie

Après un Oscar (meilleur film étranger), un César et, surtout, un succès public retentissant pour Une séparation, Asghar Farhadi entre logiquement dans la « cour des grands » avec son nouveau film, une production française, dont son casting (Bérénice Bejo et Tahar Rahim) qui conserve toutefois une touche iranienne avec le personnage d’Ahmad interprété par Ali Mosaffa. Ce sont évidemment, au moins pour une grande part, les circonstances qui l’amènent à « s’exporter », on sait combien la situation est tendue en Iran, et on se souvient que le tournage d’Une séparation fut interrompu par les autorités. À double titre, Le Passé arrive donc après « une séparation » ; quatre ans après la sienne, Ahmad revient en France à la demande de son épouse pour officialiser le divorce. Elle est en phase de se remarier avec Samir. À partir de cette situation, fidèlement à ses films précédents, Asghar Farhadi tisse un inextricable champ de tension. Dans cette maison de banlieue, Marie vit avec ses deux enfants, dont une adolescente avec laquelle il y a sérieusement de la friture sur la ligne. S’ajoute le fils particulièrement turbulent de Samir – on comprendra vite en quoi il peut effectivement se trouver en souffrance. Sur le mode de l’intrus qui ne l’est pas vraiment, la cohabitation des deux mâles – l’ex et le futur – donne évidemment lieu à un certain malaise ; au milieu de gué, la position de Marie n’est évidemment pas des plus confortables. Mais ce n’est pas le seul ; les mensonges et secrets flottent dans l’air, le spectateur est convié à composer et recomposer une réalité pleine de faux-semblants où le principe de vérité se trouve dilué.

La bande annonce

http://www.premiere.fr/Bandes-annonces/Video/Le-Passe-VF

CRITIQUES

Télérama

Avec Asghar Farhadi, rien ne change vraiment. Son film précédent s’intitulait Une séparation. Celui-ci commence par un divorce. Il l’a tourné en France, mais, soudain, sous sa caméra, une banlieue près de Paris prend des airs de faubourg de Téhéran : même les trains qui circulent près du pavillon de ses personnages ressemblent aux convois poussifs des Enfants de Belle Ville. Et Bérénice Bejo, transformée, transfigurée, comme éclairée de l’intérieur, ressemble à une Iranienne en exil. C’est que, comme tous les grands, Asghar Farhadi emporte son univers avec lui. Peu lui importent les lieux, les langues, les villes, puisque ce sont les êtres humains qu’il cerne, toujours les mêmes, sous les masques et les défroques dont ils se parent.

Venu du pays, Ahmad (Ali Mosaffa) débarque à Sevran pour divorcer de la femme avec laquelle il a vécu, en Fran­ce, des années auparavant : elle veut refaire sa vie avec un homme qu’elle croit, qu’elle sait être le bon, cette fois. Même s’il est toujours marié à une autre, plongée dans le coma à la suite d’une tentative de suicide.

Un revenant et une éternelle absente. Un confident et un fantôme. C’est entre ces deux témoins opposés, étrangers l’un à l’autre, que le drame se noue, se joue. La femme dans le coma se contente de peser, de loin, sur des vies que son geste a dévastées. Lui, au contraire, écoute les confessions des désemparés qu’il croise. Comme le héros de la célèbre pièce de Luigi Pirandello, Chacun sa vérité, il recueille des avis, des récits aussi confus qu’embrouillés et tente d’y voir clair. A son corps défendant, semble-t-il. Mais on s’aperçoit assez vite que ces confidences, il les provoque, il les encourage. Peut-être jouit-il en secret de ces aveux, ces parcelles de vie dont il s’empare au nom du bien, de la vérité, de la transparence pour les transmettre pas toujours au bon moment, à qui il ne faudrait pas… Ahmad est-il un juste, comme il le croit ? Ou, comme le lui hurle son épouse lors de leur affrontement, un hypocrite autosatisfait, se plaisant, au nom de principes qu’il ne s’applique pas, à humilier tous ceux qu’il imagine indignes de sa morale et de sa philosophie ? Le cinéaste ne tranche jamais, évidemment, mais suggère des failles, y compris chez ceux qui se croient sans faiblesse.

On est dans le cinéma du doute, de l’« inquiétude morale », chère à un réalisateur qu’Asghar Farhadi admire : Krzysztof Kieslowski (Le Décalogue, Trois Couleurs : Bleu, Blanc, Rouge). Dans A propos d’Elly, déjà, un groupe d’étudiants iraniens, plutôt bourgeois, plutôt aisés, était confronté à un dilemme moral — la disparition d’une femme — qui les mettait face à leurs responsabilités. Et dans Une séparation, un simple geste — le héros avait-il provoqué la fausse couche d’une aide ménagère en la bousculant ? — finissait par détruire une famille, reflet d’une société en déliquescence. Ici, les personnages restent constamment à la merci de faits qu’ils ont ou croient avoir commis, d’actes qu’ils revendiquent ou qu’ils nient. Le drame vient de leur méconnaissance : la vérité, ils ne la con­naissent que par bribes, et elle reste fluctuante, contradictoire quand ils croient se l’être appropriée.

D’où, lors des explications sur le suicide de la femme-fantôme, une série de coups de théâtre que le cinéaste affectionne, mais dont la répétition, un brin artificielle, finit par agacer (c’est la facilité d’un scénario par ailleurs admirablement agencé). D’où, aussi, des bouffées d’hystérie qui ne font que trahir l’incapacité des personnages à trouver autour d’eux, et en eux, la force et la paix… Régulièrement, entre deux accès de fureur, Asghar Far­hadi filme des silences. Des pauses où tout semble en suspens mais où le suspense règne. Il y a la scène des cadeaux, où deux gamins deviennent les jouets de tensions adultes qui les dépassent. Celle du pardon entre la mère et sa fille : deux silhouettes allongées dans un même lit, visages presque jumeaux droit sortis d’une icône. Et celle où, sur le quai du métro, le petit garçon aux yeux tristes et sombres pose à son père (Tahar Rahim) les questions les plus belles et les plus dangereuses, puisque sans réponse…

Depuis Une séparation, Asghar Far­hadi atteint l’osmose rare : être constamment sur la crête des sentiments, sans jamais verser dans la fadeur, ni la lourdeur. Il filme désormais, avec la même pureté, le mal et l’innocence, au plus près du minuscule et de l’essentiel.

Les Unrockubtibles

http://www.lesinrocks.com/cinema/films-a-l-affiche/le-passe/

L’Express

Le Passé: « Il n’y a rien à enlever »

Le succès et cette incursion française ne lui sont pas plus montés à la tête qu’ils n’ont altéré son inspiration et son imparable mode opératoire.

Il y a quatre ans, Ahmad et Marie se sont séparés. Lui est reparti dans son pays natal, l’Iran. Elle est restée à Sevran dans son pavillon de banlieue, avec ses deux enfants d’un premier lit. Marie a un nouvel amoureux, lui-même papa d’un garçon dont la mère est dans le coma à la suite d’une tentative de suicide. Pour régler les formalités du divorce qui n’a jamais été prononcé, Ahmad revient à Paris. Voilà la base, imaginée par Asghar Farhadi, cinéaste satellisé depuis le triomphe d’Une séparation.

Le succès et cette incursion française ne lui sont pas plus montés à la tête qu’ils n’ont altéré son inspiration et son imparable mode opératoire. Comme toujours avec Farhadi, le scénario fonctionne par couches que le récit épluche doucement. Chaque séquence possède son lot de révélations sur une situation qui ne cesse d’évoluer. Comme un labyrinthe psychologique dans lequel Farhadi ne perd pas le public.